L’allaitement pour les nuls : contre exemple


20/09/2018 : Une copine a reçu dans une grande maternité un journal gratuit présentant un article d’une sage femme non spécialisée allaitement (elle n’a pas suivi l’option en question dans son cursus).

Si vous me suivez vous savez ce que je pense de ses affabulations sur l’allaitement.

Mais au delà de ça…. je vous partage la réponse d’une autre copine ethno (celle à qui j’ouvre mon blog par moment) :

«

Cet article m’a été transmis par une amie. Il lui a été offert à la maternité, ce 19 septembre 2018.

Je ne vais pas débattre ici de l’allaitement long, ce n’est ni mon propos ni dans mon champ de compétence, même si je m’autorise à penser qu’il serait grand temps de laisser les femmes faire comme elle veulent sans les culpabiliser. Non, j’attire votre attention sur le 5° paragraphe de ce texte, condensé de bêtise, de racisme et de sexisme.

« La civilisation africaine n’est pas la nôtre ! » [ …] « mais la France n’est pas l’Afrique, on y vit pas pareil ».

Soit. La France est un pays, l’Afrique un continent. Un continent, c’est à dire un peu plus d’un milliard d’habitants, 55 états, d’innombrables langues, communautés, religions, paysages, modes de vie et donc autant de rapports à la maternité… L’idée même de civilisation africaine uniforme est absurde.
« on ne vit pas pareil » au Maroc qu’en Guinée, en bord de mer qu’en plein désert, en étant nomade ou en vivant dans la métropole Cairoise, en étant pauvre ou riche, en allant à l’école ou pas etc… le continent africain n’est pas monolithe et sa population est multiple.

On notera qu’  « on ne vit pas pareil » en Suède où l’allaitement est de quasi 100%  à la sortie de la maternité et en France où il est bien plus bas. Mais sans doute n’existe-t-il pas de « civilisation européenne » uniforme non plus.

Les représentations du continent africain et de ses habitants de ce texte ne sentent pas très bons…mais que dire de l’image de la femme (africaine donc) qu’il véhicule ? Je cite « En Afrique, l’enfant est accroché à sa mère, il ne la lâche pas. Elle le porte dans son dos, dort avec lui. Les femmes qui vivent de façon traditionnelle n’ont pas de vie sexuelle tant que l’enfant tête leur sein ». Je l’avoue, j’ai ponctué ma lecture d’un « y a bon banania », vieux réflexe d’ethnologue agacée.

On informera l’auteur que d’une part «  l’Afrique est rentrée dans l’histoire », mais qu’elle dispose aussi d’un accès -soit inégal- à la contraception. L’allaitement n’est pas un moyen de contraception, si les grossesses sont contrôlées c’est grâce à la médecine… Il est certain que certaines femmes vivent de « façon traditionnelle ». Encore faudrait-il savoir de quelle tradition parle-t-on ? Chrétienne ? musulmane ? juive ? animiste ?  Familiale ? clanique ? Faut-il, en 2018, repréciser que les traditions sont multiples ? Et que, comme partout dans le monde, la tradition recule pour en inventer de nouvelles ?

Non parce que sinon la femme française qui vit de « façon traditionnelle » va à la messe chaque dimanche, ne prend aucun contraceptif et laisse dieu réguler ses grossesses. Et Zeus sait que ça ne représente pas beaucoup de mes copines…toutes françaises qu’elles soient (pour certaines )

Quant au bébé accroché au dos de sa mère, ne le lâchant pas. Comment dire ? Il ne manque que le pagne pour que le dessin soit complet ! Faut-il préciser à l’auteur qu’en Afrique, comme ailleurs, des femmes vont à l’Université (non, pas toutes…comme partout ailleurs), travaillent (non, pas toutes…comme partout ailleurs), disposent de leur corps (non, pas toutes…comme partout ailleurs), et s’occupent de leur rejeton comme elles le peuvent COMME PARTOUT AILLEURS.

L’image de la femme africaine véhiculée par ce texte est paternaliste, sexiste, méprisant et tout simplement raciste. LA femme africaine n’existe pas. Pas plus que LA mère africaine. La description qui en est faite transpire des fantasmes occidentaux du 19e siècle…il est inconcevable de les retrouver écrits noir sur blanc dans une revue de 2018.

On se demande comment Zemmour peut proférer de telles inepties à la télévision. Mais ce n’est que la phase immergée de l’iceberg : la presse écrite suinte aussi de relents nauséabonds.

Il nous faut être vigilent(e) chaque jour pour ne plus laisser ce genre de propos paraitre impunément.

Enfin, je conclurai ce texte par une promesse : « Cher bébé à naître dont la mère a été blessée par ce torchon. Tu vas naitre métisse. Fruit de la rencontre de 2 cultures. On t’attend, tu es la bienvenue dans notre civilisation HUMAINE »

»

 

Je précise qu’un article dans le même magazine a été fait côté pro allaitement. Mais ça n’a pas vocation à annuler ce qui a été dit dans l’article de la « sage » femme.

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